Mathon Cédric
Psychologue
06.02.31.19.20
1 bd Ch. Gounod, Alès
Cédric Mathon, psychologue à Alès

La confiance en soi


Chacun d’entre nous connaît un jour dans sa vie un manque de confiance en soi. Le manque de confiance en soi s’exprime au travers d’une multiplicité de sentiments : timidité, manque d’assurance. Lorsque ce sentiment se fait trop présent, il peut être utile d’entamer un travail thérapeutique avec un psychologue.

Mais qu'est-ce que la confiance en soi et sur quoi repose-t-elle? Peut-on la développer une fois adulte ? Est-elle une qualité innée, l'aboutissement d'une enfance heureuse ou un résultat que nous pouvons obtenir par nos propres efforts ou avec l'appui d'un psychologue ?

Une définition

Avoir confiance en soi, c’est avant tout croire en ses capacités. Aussi, avoir confiance en soi c’est avant tout se connaître, c’est croire en son potentiel et en ses capacités. On comprend alors le rôle de nos expériences dont les résultats vont venir étayer ou non notre sentiment de confiance. Celle-ci est de ce fait toujours le résultat d'une accumulation d'expériences. Il s'agit toujours d'une certitude partielle qui s'applique à un domaine particulier et à un moment donné. Il ne s'agit jamais d'une prédiction de résultat ou de performance; c'est plutôt une prévision qui touche la façon dont les choses vont se passer.

On comprend de ce qui précède que la confiance en soi se développe et n’a donc de cesse d’évoluer au cours de la vie d’un individu. Si elle est particulièrement importante au cours des premières années de l’enfant, elle l’est également pendant la période de l’adolescence mais également pendant l’âge adulte.

Loin d’être innée, loin d’être l’apanage de gens « doués » en confiance en soi, l’estime de soi résulte donc avant tout d’un apprentissage de notre relation au monde. Aussi, si l’enfance, période au combien riche en expériences nouvelles, est une étape clé dans l’élaboration de notre sentiment de confiance, ce dernier continue à être « travaillé » durant le reste de notre vie. Mais ce travail devient plus discret, notre relation au monde ayant tendance avec le temps à s’appauvrir en expériences nouvelles (stabilisation du mode de vie).

Les facteurs de la confiance

De manière schématique, on peut distinguer cinq facteurs nécessaires afin de générer la confiance en soi.

Une probabilité plus qu’une certitude

Loin de l’idée communément répandue, la confiance en soi n’est pas l’expression d’une certitude absolue. A y regarder de plus près, la confiance en soi s’apparente davantage à un calcul statistique, la confiance étant le sentiment d’avoir une probabilité élevée de réussir à dépasser la difficulté.

Réaliste

Aussi, il résulte de ce qui précède que la confiance en soi est avant tout fondée sur le résultat de nos confrontations avec la réalité. Loin d’être innée, cette confiance se nourrie de notre expérience quotidienne. La confiance en soi est réaliste: elle s'appuie sur l'expérience réelle accumulée par la personne. Autrement, cette confiance serait dangereuse et conduirait à des échecs graves. Mais nous avons la chance d'être protégés par des réflexes vitaux qui nous empêchent, en temps normal, de nous faire une confiance aveugle ou excessive. Sans avoir à le décider, nous avons naturellement tendance à nous inspirer des résultats obtenus dans le passé pour prévoir ce qui nous attend.

Des ressources suffisantes

Fondée sur l’expérience, la confiance en soi suppose donc une évaluation de la situation et des moyens à même d’être mobilisés pour la dépasser. La personne qui entreprend une tâche nouvelle ou s'implique dans une situation inconnue ne peut connaître à l'avance les résultats qu'elle obtiendra. La confiance en soi ne va pas jusqu'à prédire les résultats: elle prédit, avec réalisme, qu'on a les ressources nécessaires pour faire face à la situation. Elle prédit qu'on est capable de trouver des solutions aux problèmes qui ne manqueront pas de survenir en cours de route. La personne confiante prédit, en s'appuyant sur son expérience, qu'elle va réussir à se débrouiller adéquatement. Elle ne sait pas si elle va réussir à atteindre ses objectifs, mais elle croit, avec un niveau de certitude élevé, qu'elle trouvera les moyens de "faire pour le mieux" dans la situation réelle.

Dans un domaine particulier

Fruit de notre expérience, la confiance en soi se rattache donc à des situations particulières (de réussite ou d’échec). Ainsi, si, vue de l'extérieur, la confiance en soi apparaît souvent comme générale, elle est en réalité toujours spécifique, propre à un domaine. Tout dépend des expériences que nous accumulons dans chaque domaine et des conclusions que nous en tirons.

Temporaire

Et il faut ajouter enfin que la confiance en soi n'est jamais acquise définitivement. Elle est temporaire par définition, car elle est réaliste et ancrée dans l'expérience. De nouvelles expériences malheureuses peuvent également l'atténuer ou même la détruire. Ce sera encore plus vrai si ces expériences ne peuvent être intégrées dans l'expérience de la personne. Par exemple, si je rencontre des échecs, surtout répétés, que je ne parviens pas à comprendre, leur effet sur ma confiance sera important. C'est comme si je ne pouvais plus me fier à mon expérience accumulée sur laquelle ma confiance s'appuyait. Ma compréhension pratique du domaine n'est plus applicable ou ne me semble plus valide.

Travailler sa confiance

La confrontation au monde

Lorsque nous abordons un domaine nouveau, nous sommes dans une situation d'insécurité. Nous ne savons pas trop à quoi nous attendre et comment nous adapter à ce contexte. Nous n'avons pas ce qu'il faut pour prévoir ce qui se passera et anticiper nos réactions. Nous ne pouvons avoir confiance en nous-mêmes dans ce domaine précis; il serait même dangereux de nous lancer avec assurance dans ce domaine sans en connaître mieux les pièges.

D'autres personnes peuvent être bien en confiance dans le même domaine, car elles y sont habituées. Elles en ont mesuré les dangers, elles sont familières avec ses caractéristiques et avec ce qui qu'y passe habituellement. Elle savent aussi comment elles réagiront dans un grand nombre des situations qu'on rencontre dans ce domaine. Elles peuvent prédire sans crainte qu'elles trouveront une façon de s'adapter à ce qui s'y passera. Elles ne savent pas exactement ce qui va se passer dans une situation particulière, mais elles n'en éprouvent pas le besoin. Cette marge d'incertitude demeure confortable ou même stimulante.

Le premier ingrédient de la confiance en soi est clair: il faut s'impliquer activement pour "prendre de l'expérience". C'est un élément essentiel, mais il ne suffit pas. Il doit s'accompagner d'autres ingrédients.

L'évaluation des résultats

Il ne suffit pas d'accumuler de l'expérience; il faut aussi en tirer les leçons appropriées. Autrement, on ne ferait que répéter les mêmes erreurs à l'infini ou reproduire une "recette magique" sans en connaître les limites. C'est en faisant une évaluation précise de nos échecs que nous pouvons en comprendre les causes. Une fois qu'on a bien compris ses erreurs, on peut les corriger en agissant autrement, en tenant mieux compte de ce qui se passe. Sans cette compréhension, on est voué à essayer n'importe quoi en espérant "tomber par hasard" sur la bonne solution.

Mais il n'est pas facile d'essayer "n'importe quoi". La façon de faire qui a échoué était la meilleure qu'on avait trouvée; il est difficile de choisir une autre façon qui semble inférieure en espérant qu'elle donne de meilleurs résultats. Pas étonnant qu'on ait tendance à répéter à l'infini la même erreur.

De la même façon, si j'ai réussi "par hasard" dans mes premières tentatives, je suis naturellement porté à répéter la méthode qui m'a donné ces bons résultats. Mais si je ne prends pas le temps d'examiner mon expérience, si je ne me donne pas la peine de comprendre pourquoi j'ai réussi, je suis presque condamné à répéter cette méthode à l'infini.

Souvent, nous devenons rigides et limités en nous fiant ainsi aveuglément à une méthode qui réussit. Nous ne comprenons pas assez ce qui se passe pour nous adapter aux situations et découvrir des variantes encore plus satisfaisantes; nous ne pouvons que répéter la "recette magique". Au bout du compte, nous demeurons alors relativement peu confiants dans nos capacités, car nous savons plus ou moins clairement que tout imprévu pourrait détruire notre stratégie.

Donc, en plus de l'accumulation d'expérience, la confiance en soi exige une réflexion critique sur ces expériences afin d'en comprendre les jeux de forces, les variables principales et les liens de cause à effet. La prédiction réaliste que constitue la confiance en soi doit s'appuyer sur une telle compréhension. A ce titre, le travail d'analyse avec un psychologue peut vous aider à en clarifier les modalités.

L'innovation volontaire

Si on répète toujours les mêmes gestes, on ne peut maîtriser que ceux-ci. Mais le fait d'être limité à quelques possibilités nous laisse très vulnérables: toute nouvelle situation risque de rendre notre méthode inapplicable. La confiance dans nos moyens d'adaptation est alors impossible et ne serait pas réaliste.

Une confiance en soi solide suppose donc une expérience variée: plusieurs variantes dans la situation et dans son évolution, plusieurs méthodes d'adaptation, plusieurs solutions aux obstacles rencontrés. Pour obtenir cette richesse d'expérience, il est nécessaire d'introduire volontairement de la variété.

Pourquoi ne pas se satisfaire de la variété qui viendra nécessairement des événements eux-mêmes? On pourrait croire que ces derniers apporteraient des variations aussi intéressantes et même plus réalistes ou pertinentes. Mais en fait ce n'est pas le cas, car ces variations obéiraient plus ou moins au hasard et aux déterminants qui sont extérieurs à nous. Elles ne pourraient jamais nous permettre d'explorer de nouvelles (et peut-être meilleures) façons de réagir aux mêmes situations. Notre exploration serait limitée à la création de nouvelles solutions pour de nouvelles situations. La vraie confiance suppose qu'on est capable de s'adapter rapidement aux situations et de créer de nouvelles solutions lorsque nécessaire. Elle se renforce encore davantage lorsqu'on ose chercher des solutions meilleures que celles qu'on connaît déjà.

Par ailleurs, il est certain que cette expérimentation "plus ou moins volontaire" nous mettrait plus souvent dans des situations très nouvelles auxquelles nous n'aurions pas de réponses adéquates. Notre taux d'échec serait beaucoup plus élevé, ce qui entraînerait des effets négatifs, au moins à court terme, sur notre niveau de confiance. L'innovation volontaire, élaborée ou non avec l'aide d'un psychologue, nous permet au contraire de construire à partir de nos succès et de développer de nouvelles options en nous appuyant sur notre compréhension qui va en grandissant. Ceci nous amène au dernier ingrédient essentiel: la gestion des risques.

Des risques calculés

Autrefois, certains disaient que la meilleure façon d'apprendre à nager, c'est de se jeter à l'eau. Malheureusement, les personnes qui avaient l'expérience nécessaire pour démentir ce mythe étaient toutes mortes noyées. Il faut survivre pour que notre expérience puisse se transformer en confiance en nous !

La stratégie la plus efficace pour que notre expérience nous serve à développer rapidement notre confiance en nous-mêmes, c'est de bien choisir les risques que nous prenons. Autrement dit, nos tentatives nous seront plus utiles si nous faisons des expériences dont le degré de risque nous apparaît tolérable. De cette façon, nous pourrons aller de succès en succès tout en apprenant les variantes et les subtilités du domaine que nous apprivoisons. Même les échecs seront tolérables et pourront faire partie de notre apprentissage parce que nous les aurons envisagés à l'avance et nous en aurons contrôlé la gravité.

Il est nécessaire de prendre des risques pour sortir des solutions toutes faites et explorer vraiment le nouveau domaine. Mais il n'est pas utile de risquer des échecs qui nous détruiraient sur un plan psychologique... ou matériel ; il vaut mieux augmenter progressivement le niveau de difficulté et l'importance des risques. C'est de cette façon que nous serons sûrs d'avoir les ressources et la sécurité personnelle pour accepter et exploiter les échecs lorsque nous les rencontrerons.

En somme, c'est comme pour tous les autres apprentissages, il faut graduer la difficulté pour progresser rapidement ; ne pas rester limité à ce qu'on connaît déjà, mais ne pas se lancer aveuglément dans des situations trop difficiles pour les moyens (psychologiques) dont nous disposons.


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