Mathon Cédric

Psychologue pour adulte
Cédric Mathon, psychologue à Alès

Les TCA


Troubles du Comportement Alimentaire

L'alimentation revêt des fonctions complexes loin de sa fonction première visant à apporter à l'organisme les ressources dont il a besoin pour fonctionner. L'alimentation dépasse de loin ce seul rôle biologique.

Cet acte se colore de psychologie (l'alimentation est dans les premiers temps de la vie de l'enfant un mode de relations affectives) ou de culture (l'image au corps, la mode, varie dans le temps) ! L'affect (notion de plaisir) y est également fortement associé. Ainsi, la sensation de faim ou de satiété ne résultent pas uniquement de la satisfaction biologique. Des lors, rien d'étonnant à ce que la sphère alimentaire soit impactée par la survenue de troubles psychologiques. Quand la notion de plaisir s’estompe (dépression), quand le rapport au corps se brouille, quand la confiance en soi vacille, le trouble alimentaire n'est jamais bien loin.

En tout état de cause, il n'existe pas pour le psychologue de comportements alimentaires normaux. Nos besoins diffèrent, notre attrait pour l'aliment ou l'acte de cuisiner n'est pas le même, nos habitudes de vie également. Autant de variables débouchant sur autant de comportements. Aussi, la notion de normalité renverra davantage en psychologie au fait que le comportement alimentaire adopté ne remettent pas en cause significativement la santé de l'individu.

Les différents troubles

Les psychologues ne peuvent que constater que les troubles alimentaires se sont fortement développés dans les sociétés occidentales ces 30 dernières années. Malbouffe, rythme de vie et codes culturels (mode et minceur) y ont fortement contribué.

En psychologie, les troubles de l'alimentation se classent en deux grandes familles. La première renvoie à la prise excessive de poids par une surconsommation. On parle de troubles boulimiques. A l'inverse, l'autre famille renvoie à des comportements de privation. On parle de troubles anorexiques.

Les troubles anorexiques concernent principalement les adolescentes issues de milieux aisés et urbains. On estime que 2% d'entre elles en souffriraient. Plus rependus (10%), les troubles boulimiques apparaissent plus tardivement, à la fin de l'adolescence. A cette période de la vie, le rapport au corps devient un véritable enjeu qui peut dès lors devenir difficile à porter à l'adolescence surtout chez des patients vivant un lien familial complexe. En effet, le lien familial aura une forte incidence sur la survenue de tels troubles. Le psychologue constate bien souvent l'existence de difficultés relationnelles intrafamiliales faisant souvent état d'une problématique de dépendance mère-fille dans l’anorexie ou faite d'opposition parentale dans la boulimie.

Les troubles boulimiques

Les troubles boulimiques font généralement état de crises pendant lesquelles la personne consomme à l’excès. Ces crises sont incontrôlables et peuvent survenir plusieurs fois par semaine. La personne peut chercher à conserver « sa ligne ». Le recours au sport, à des laxatifs ou aux vomissements sont alors courants. Le psychologue parle de boulimiques non hyperphagiques. Les boulimiques hyperphagiques, quant à eux, ne cherchent pas à compenser ces crises : le surpoids s'installe.

La crise boulimique ne renvoie a aucune sensation de faim. A ce titre, elle intervient généralement en dehors des repas. La notion de plaisir en est absente : la consommation incontrôlée se fait en cachette, de manière rapide (compulsive). C'est la douleur qui met généralement fin à cette crise. La crise est alors suivie de vomissements volontaires soulageant la personne sur le plan physique et moral. Le jeune patient peut également recourir à des laxatifs et autres diurétiques, autant de comportements qui sur le long terme mettent à mal l'organisme (lésions de l’œsophage,...).

Les troubles anorexiques

Le trouble anorexique est plus linéaire. L'obsession alimentaire est constante. La surveillance est quotidienne face à la crainte de prendre du poids. Il ne s'agit pas ici de la crainte partager par beaucoup de conserver sa ligne. La crainte de l'anorexique est généralement infondée, excessive, la personne présentant une perception de soi faussée, aberrante et un IMC à risque. Le contrôle alimentaire, fait de restrictions, peut parfois laisser place à des crises boulimiques (anorexiques boulimiques) sévèrement compensées (vomissements, laxatifs,...). La perte de poids est constante et la mise en danger réelle.

La perte de poids devient une idée obsédante. Les quantités ingérées sont drastiquement limitées. Le patient devient fuyant, inventant prétexte sur prétexte pour sauter les repas. Les remontrances ou inquiétudes de l'entourage seront rejetées (déni) rendant toute prise en charge difficile. L'absence de souffrance psychologique peut également retarder l'alerte, la personne étant généralement hyperactive, investie dans sa scolarité ou le sport. A ce titre, une perte de poids très rapide, un changement de style vestimentaire (vêtements amples) ou encore l’arrêt des règles doivent alerter et mener à consulter votre médecin ou un psychologue. La sexualité est souvent vécue comme angoissante, voire rejetée, avec parfois des « crises » (pratiques à risques).

Traitements

La survenue des troubles alimentaires durant l'adolescence implique une prise en charge précoce au regard des risques sur le développement de l’adulte en devenir. La prise en charge repose principalement sur un soutien psychologique. L'éducation nutritionnelle y prendra également une grande part. Dans les cas les plus graves, une hospitalisation dans des unités spécialisées devra être envisagée afin de palier au risque vital pouvant peser sur le jeune patient.

La prise en charge de ces patients restent complexes, le déni ne permettant pas toujours de construire une alliance de travail efficace. Les rechutes sont fréquentes.

Le trouble boulimique offre le diagnostic le plus favorable. Il réagit par ailleurs très bien aux thérapies cognitives et comportementales. Dans celles-ci, le psychologue amène le patient à se réapproprier l'image de son corps, à repérer les facteurs déclencheurs auxquels de nouvelles réponses comportementales sont associées. Des exercices pratiques amènent progressivement à l'adoption de nouvelles habitudes (manger plus lentement,...). Il peut être envisagé la prescription d'un antidépresseur (prozac) dont l'effet est notamment de diminuer la survenue des crises.

Une thérapie familiale peut également être envisagée par le psychologue afin de solutionner ou a minima de rendre exprimables des conflits qui bien souvent trouvent un exutoire dans la sphère alimentaire et le conflit que ces comportements induisent.

Si la prise en charge du patient boulimique offre de bons résultants, ceux ci sont plus fragiles chez l'anorexique, maladie mortelle dans 5% des cas. 70% des patients pris en charge précocement s'en sortent. Prise en charge tardivement, elle deviendra alors souvent chronique et sera doublée d'autres difficultés d'ordre relationnel ou encore sexuel.





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